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  • Les buveurs

     
    Tapisserie d’Aubusson tissée par l’atelier Tabard. 1944.
          Lurçat sollicite Saint-Saëns, d'abord fresquiste, dès 1940. Et, pendant la guerre, celui-ci produit ses premiers chefs d'oeuvre allégoriques, tapisseries d'indignation, de combat, de résistance : "les Vierges folles", "Thésée et le Minotaure". A l'issue de la guerre, tout naturellement, il rejoint Lurçat dont il partage les convictions (sur le carton numéroté et les tons comptés,  sur l'écriture spécifique que requiert la tapisserie,...) au sein de l'A.P.C.T. (Association des Peintres-cartonniers de Tapisserie). Son univers, où la figure humaine, étirée, allongée,  tient une place considérable (comparée notamment à la place qu'elle occupe chez ses confrères Lurçat, ou Picart le Doux),  tourne autours de thèmes traditionnels : la femme, la Commedia dell'arte, les mythes grecs,..., sublimés par l'éclat des coloris et la simplification de la mise en page. Il évoluera ensuite, dans les années 60 vers des cartons plus lyriques, presque abstraits, où dominent éléments et forces cosmiques.   « Le premier exemplaire des  Buveurs  fut une commande d ‘un ami de Saint-Saëns…. Le carton des  Buveurs , tissé à 8 exemplaires revint comme une pomme de discorde dans la correspondance Tabard/ Saint-Saëns, à cause de son coût de tissage.  les Buveurs  témoignent d’une solide joie de vivre et se rattachent au thème fécond de la vigne et des Saisons… » ( Cat. Expo. Marc Saint-Saëns, tapisseries, 1935-1979, Angers, p.26). Le contraste thématique est saisissant d’avec les précédents cartons de l’artiste : Orion, Thésée, les vierges folles,…Il retrouvera cette légèreté dans  le braconnier  ou  le bouquet . Un exemplaire de la tapisserie a figuré à l’exposition de 1946 du Musée National d’Art Moderne « la tapisserie française du Moyen-âge à nos jours » (n°297).   Bibliographie : Jean Lurçat, Tapisserie Française, Bordas, 1947, reproduite pl.42 Cat. Expo. Saint-Saëns, galerie La Demeure, 1970 Cat. Expo. Saint-Saëns, oeuvre tissé, Aubusson, Musée départemental de la Tapisserie, 1987 Cat. Expo. Marc Saint-Saëns, tapisseries, 1935-1979, Angers, Musée Jean Lurçat et de la Tapisserie Contemporaine, 1997-1998, reproduit p.26 Cat. Expo. Tissages d'ateliers, tissages d'artistes, dix ans d'enrichissement des collections, Angers, Musée Jean Lurçat et de la Tapisserie Contemporaine, 2004, reproduit p.85  
  • Tauromachie

     
    Tapisserie d’Aubusson tissée par l’atelier Rivière des Borderies. 1946.
          Perrot commence son oeuvre de cartonnier à l’issue de la guerre, réalisant près de 500 cartons, avec de nombreuses commandes de l’Etat, la plupart tissées à Aubusson. Son style éminemment décoratif et chatoyant est très caractéristique :  un foisonnement de papillons ou d’oiseaux, le plus souvent, se détache sur un fond végétal, dans le goût des tapisseries mille-fleurs (dont s’inspirera aussi Dom Robert).   Tapisserie atypique dans l’œuvre de Perrot : gamme chromatique audacieuse de stridence, traitement inhabituellement épuré, thème singulier, comme chorégraphié, et impliquant la figure humaine ; on est près de Saint-Saëns. Mais peut-être s’agit-t-il là d’un carton de commande ?   Bibliographie : Tapisserie, dessins, peintures, gravures de René Perrot, Dessein et Tolra, 1982      
  • Serpent d'étoiles

     
    Tapisserie d’Aubusson tissée par l’atelier Tabard. Avec son bolduc signé de l'artiste. 1961.
            Membre de l’A.P.C.T. (Association des Peintres-Cartonniers de Tapisserie), Wogensky est un des nombreux artistes qui se consacreront à la tapisserie à la suite de Lurçat, dans l’immédiat après-guerre. D’abord influencé par celui-ci, l’oeuvre de Wogensky (159 cartons d’après le catalogue d’exposition de 1989) évolue ensuite ensuite dans les années 60 vers une abstraction lyrique pas toujours complètement assumée, des thèmes cosmiques-astronomiques aux formes d’oiseaux décomposées et en mouvement, vers des cartons plus épurés et moins denses. S’il s’est toujours proclamé peintre, la réflexion de l’artiste sur la tapisserie est très aboutie : “Réaliser un carton mural…. c’est penser en fonction d’un espace qui ne nous appartient plus, par ses dimensions, son échelle, c’est aussi l’exigence d’un geste large qui transforme et accentue notre présence”.   « Serpent d’étoiles » renvoie à la constellation éponyme (mais aussi à l’œuvre de Giono), à une époque (toutes les années 60) où son goût pour un absolu lyrique pousse Wogensky à traiter les astres, l’Espace, les galaxies, depuis « Cassiopée » en 1961, « Chant des étoiles » de 1962 (présentée à la Biennale de Lausanne), jusqu’à « Galaxie » (1970), conservée au Sénat. Une tapisserie similaire est conservée par le Conseil Régional du Limousin.     Bibliographie : Cat. Expo. Robert Wogensky, tapisseries, Galerie la Demeure, 1962, reproduite Cat. Expo. Robert Wogensky, l’oeuvre tissé, Aubusson, Musée départemental de la tapisserie, 1989 Cat. Expo. Robert Wogensky, Angers, Musée Jean Lurçat et de la Tapisserie Contemporaine, 1989-1990, reproduite p.20 Cat. Expo. Dialogues avec Lurçat, Musées de Basse-Normandie, 1992, reproduite p.73 Gérard Denizeau, Denise Majorel, une vie pour la tapisserie, Aubusson, Musée départemental de la tapisserie, reproduite p.67  
  • Jeux interplanétaires

       
    Tapisserie d’Aubusson tissée dans l'atelier Four. Avec son bolduc, n°EA. Circa 1970.
      Ancien élève de l’ENAD d’Aubusson, Lartigaud conçoit son premier carton en 1968. Il en a créé depuis des centaines, surtout tissés par la Manufacture Four, dans un style abstrait parfois émaillé d’astres.  
  • L'étang

     
     
    Tapisserie d’Aubusson tissée dans l'atelier Legoueix. Avec son bolduc signé de l'artiste, n°6/6. Circa 1965.
      C’est en 1953 que Jean Picart le Doux offre à Chaye de devenir son assistant et l’encourage à créer des cartons de tapisserie : il réalisera alors de nombreux cartons bucoliques, mais aussi des vues de Normandie (Mont Saint Michel, Honfleur, régates,…), dont il est originaire.   Reprise exacte du carton « Nénuphars », seul le fond vert a été modifié.   Bibliographie : Simon Chaye tapisseries contemporaines, Editions Librairie des musées, 2014  
  • Soleil d'hiver

     
     
    Tapisserie d'Aubusson tissée par l'atelier Pinton. N°1/1. Circa 1980.
          Michel Degand, artiste protéiforme (peintre, sculpteur, illustrateur,…), a, en plus de 50 ans de création, conçu une centaine de cartons de tapisserie, dans une inspiration sans cesse renouvelée, parfois onirique ou « cosmique » (à la Wogensky), d’autres fois « technologique »(à la Millecamps), souvent lyrique, avec un intérêt marqué pour le matériau, et la plupart tissés chez Pinton, à Felletin.   Le soleil est un leitmotiv chez l’artiste ; mais, dans cette composition fragmentée, il a recours, comme le fera Sautour-Gaillard dans les années 90, à des retissages (avec un point plus fin), comme collés dans le motif, de fragments de tapisseries anciennes, suscitant d’insolites confrontations.   Bibliographie : Collectif, Michel Degand, Moments d'ateliers, Area, 2001, ill. p.38
  • Structure et lumière

     
    Tapisserie d'Aubusson tissée par l'atelier Pinton. Avec son bolduc signé de l’artiste, n°1/6. 1964.
     
        Matégot, d’abord décorateur, puis créateur d’objets et de mobilier (activité à laquelle il renonce en 1959),  rencontre François Tabard en 1945, et lui donne ses premiers cartons, figuratifs d’abord, puis bientôt abstraits, dès les années 50. Il devient membre de l’A.P.C.T. (Association des Peintres-Cartonniers de Tapisserie) en 1949, participe à de multiples expositions internationales (Matégot, comme Lurçat avant lui, sera un infatigable militant de la tapisserie), répond à de nombreuses commandes publiques, parfois monumentales (« Rouen », 85 m2 pour la préfecture de Seine-Maritime, mais aussi tapisseries pour Orly, pour la Maison de la Radio, pour le FMI…)  et réalise pas moins de 629 cartons jusque dans les années 70. En 1990 est inaugurée la fondation Matégot pour la tapisserie contemporaine à Bethesda, aux Etats-Unis. Matégot a fait partie, avec d’autres artistes comme Wogensky, Tourlière ou Prassinos, de ceux qui orienteront résolument la laine vers l’abstraction, lyrique d’abord, géométrique dans les années 70, en exploitant différents aspects techniques du métier : dégradés, battages, piqués, pointillés…     « Structure et lumière » a valeur programmatique : à l’époque, les tapisseries de Matégot sont fortement contrastées, et visent à des effets de transparence, comme de vitraux (cf. »Piège de lumière », « Ombres et lumières »….). Quant à la « structure », elle renvoie indifféremment au travail d’architecte-décorateur de Matégot, dont la fonction est d’agencer l’espace, de l’occuper, mais, surtout, à organiser l’espace même de la tapisserie, nonobstant son apparent lyrisme désordonné.     Bibliographie : Madeleine Jarry, la Tapisserie art du XXe siècle, Office du Livre, 1974, reproduite n°115 Cat. Exp. Matégot, Angers, Musée Jean Lurçat et de la Tapisserie Contemporaine, 1990-1991, reproduite p.44 Patrick Favardin, Mathieu Matégot, Editions Norma, 2014, reproduite p.335 (avec l’artiste devant lors de l’exposition de 1990)
  • Deux lumières

     
    Tapisserie d'Aubusson tissée par l'atelier Goubely-Gatien. Avec son bolduc signé de l'artiste. Circa 1955.
            L’Œuvre de Lurçat est immense : c’est toutefois son rôle dans la rénovation de l’art de la tapisserie qui lui vaut d’être passé à la postérité. Dès 1917, il commence par des œuvres au canevas, puis, dans les années 20 et 30, il travaillera avec Marie Cuttoli. Sa première collaboration avec les Gobelins date de 1937, alors qu’il découvre simultanément la tenture de l’Apocalypse d’Angers qui l’incite définitivement à se consacrer à la tapisserie. Il abordera les questions techniques d’abord avec François Tabard, puis à l’occasion de son installation à Aubusson pendant la guerre, il définira son système : gros point, tons comptés, cartons dessinés numérotés. Une production gigantesque commence alors (plus de 1000 cartons), amplifiée par la volonté d‘entraîner ses amis peintres,  la création de l’A.P.C.T. (Association des Peintres-Cartonniers de Tapisserie) et  la collaboration avec la galerie La Demeure et Denise Majorel, puis par son rôle d’inlassable propagateur du médium à travers le Monde. Son œuvre tissée témoigne d’un art d’imagier spécifiquement décoratif, dans une iconographie symbolique très personnelle, cosmogonique (soleil, planètes, zodiaque, 4 éléments…), végétale stylisée, animale (boucs, coqs, papillons, chimères…), se détachent sur un fond sans perspective (volontairement éloigné de la peinture), et destinée, dans ses cartons les plus ambitieux, à faire partager une vision à la fois poétique (il émaille d’ailleurs parfois ces tapisseries de citations) et philosophique (les grands thèmes sont abordés dès la guerre : la liberté, la résistance, la fraternité, la vérité… ) et dont le point culminant sera le « Chant du Monde » ( Musée Jean Lurçat, ancien hôpital Saint-Jean, Angers) , inachevé à sa mort.   A ses traditionnels motifs épars (étoiles, poissons, papillons….) grouillants, Lurçat joint 2 rais de lumière (d’où le titre) entrecroisés qui altèrent les couleurs sur leur trajet : on ne saurait mieux montrer que le soleil peut être un danger pour la tapisserie (un autre carton, « Coup de soleil »(autrefois en notre possession) témoigne, de façon encore plus explicite, du thème).     Bibliographie : Tapisseries de Jean Lurçat 1939-1957, Pierre Vorms Editeur, 1957 Cat. Expo. Lurçat, 10 ans après, Musée d’Art moderne de la ville de Paris, 1976 Cat. Expo. Les domaines de Jean Lurçat, Angers, Musée Jean Lurçat et de la tapisserie contemporaine, 1986 Colloque Jean Lurçat et la renaissance de la tapisserie à Aubusson, Aubusson, Musée départemental de la Tapisserie, 1992 Cat. Expo. Dialogues avec Lurçat, Musées de Basse-Normandie, 1992 Cat. Expo. Jean Lurçat, Donation Simone Lurçat, Académie des Beaux-Arts, 2004 Gérard Denizeau, Jean Lurçat, Liénart, 2013 Cat. Expo. Jean Lurçat, Meister der französischen Moderne, Halle, Kunsthalle, 2016 Cat. Expo. Jean Lurçat au seul bruit du soleil, Paris, galerie des Gobelins, 2016  
  • La voix du reliquaire

     
    Tapisserie d’Aubusson tissée par l’atelier Legoueix. Bolduc signé de l’artiste, n°1/3. 1975.  
    Elève de Wogensky à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués, Sautour-Gaillard voit son premier carton tissé en 1971 par l’atelier Legoueix (une collaboration qui ne s’est pas démentie par la suite), et il multiplie ensuite les projets monumentaux, dont le plus spectaculaire est « Pour un certain idéal », tenture de 17 tapisseries sur le thème de l’olympisme (conservée au Musée de l’Olympisme de Lausanne). D’ abord proche de l’abstraction lyrique, l’artiste réalise dans les années 90 des cartons à base d’assemblages de motifs décoratifs, de textures et de figures, apparemment superposés et comme unifiés dans le tissage.   « La voix du reliquaire » témoigne de la proximité de l’artiste à ses débuts avec l’abstraction lyrique d’un Soulages ou d’un Schneider. On retrouve, transposés dans la laine, les effets de gestes, de coulures même, propres aux artistes de »l’envolée lyrique », dans une gamme de couleurs extrêmement réduite.   Bibliographie : D. Cavelier, Jean-René Sautour-Gaillard, la déchirure, Lelivredart, 2013, reproduite p.163
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